Président de la République de Lituanie Président de la République de Lituanie

Discours du Président de la République de Lituanie Gitanas Nausėda pour présenter la vision de l’Etat providence de la Lituanie

28/10/2020

Mesdames et Messieurs,

Les électeurs lituaniens ont choisi ceux qu’ils veulent voir à la tête de l’Etat au cours des quatre prochaines années.

En profitant de cette occasion, je voudrais féliciter les nouveaux membres du Parlement lituanien. Vous représentez les espoirs et la confiance des citoyens lituaniens, ainsi que leur volonté de voir venir les solutions aux problèmes qui pèsent sur notre société. A vous maintenant de justifier cette confiance.

Un travail important nous attend prochainement : la formation d’un gouvernement durable avec un soutien politique solide et la capacité de mettre en place des réformes concrètes qui ne soient pas seulement sur le papier. L’intérêt général et non les intérêts des petits groupes, la détermination de parvenir à des changements dans les secteurs clés, une vraie attention à chaque personne, la compétence, la responsabilité et l’honnêteté – ce sont les exigences principales que j’aurai envers les membres du nouveau gouvernement.

La propagation du coronavirus en Europe et en Lituanie est de plus en plus difficile à contrôler, de nouveaux défis nous attendent donc tous. La société et les entreprises, ce qui veut dire la Lituanie entière, doivent traverser une période de défis que l’on avait pas prévus. Ainsi la fluidité du transfert du pouvoir devient particulièrement importante. Nous n’avons tout simplement pas le temps pour l’euphorie post-électorale. Le nouveau gouvernement doit avoir tout de suite un projet très clair et une équipe prête à le mettre en place afin de contrôler la pandémie. Il faudra accomplir des travaux qui ne peuvent pas attendre et j’y contribuerai en tant que chef de l’Etat.

J’ai promis d’aspirer au bien-être de tous les Lituaniens et je tiens cette promesse. L’Etat providence est pour moi la principale tâche inachevée lors de notre indépendance. Je suis profondément convaincu que nous devons combattre les inégalités et l’exclusion sociale, les fractures au sein de la société, assurer des services publics de qualité accessibles à tous, investir dans notre avenir.

Ce qui veut dire que l’Etat providence lituanien doit être un Etat membre de l’Union européenne fort, juste, vert et innovant.

Tout d’abord la Lituanie doit être forte car seul un environnement stable et sûr permet aux capacités de chaque citoyen de se révéler.

Nous, les Lituaniens, nous sommes maîtres de notre Etat – nous devons donc nous comporter en maîtres. Notre devoir commun est de défendre notre souveraineté difficilement acquise et de protéger notre pays face aux menaces émergentes. Nous devons chérir notre Etat, nous devons le renforcer par nos actions quotidiennes.

Nous devons faire tout ce qui est possible pour assurer le fonctionnement et la coopération efficaces et permanents des institutions nationales. Nous devons continuer à aspirer à l’indépendance énergétique, à renforcer les infrastructures, à créer des connexions supplémentaires avec l’Europe occidentale. Nous devons mener une politique étrangère axée sur l’intégration euro-atlantique et la préservation de la paix ainsi que sur la propagation des valeurs démocratiques dans les pays voisins.

L’environnement géopolitique instable est la meilleure motivation pour respecter un accord entre les parties concernant la défense du pays. J’aspirerai à une augmentation régulière du financement de la défense jusqu’à ce qu’il atteigne 2,5 % du PIB car je suis convaincu que la sécurité de notre pays est tout d’abord notre préoccupation.

Une nation forte et une société mature se remettent en question, sont en permanence dans un processus de création. Nous devons investir dans la culture car elle garantit l’identité nationale, l’estime de soi, les progrès économiques et le bien-être social. La culture puise dans le passé, reflète l’histoire et donne du sens au patrimoine pour exprimer la vitalité du pays. En même temps elle mobilise la société civile, encourage les changements sociaux, sert de lien entre les générations – ainsi elle contribue activement à l’avenir de la Lituanie.

En deuxième lieu, le bien-être doit être juste. La confiance émane du sentiment de justice. Sans justice nous n’aurons pas la confiance des citoyens et sans confiance des citoyens nous n’aurons pas un Etat fort et juste.

Avancer vers l’Etat providence signifie pour moi supprimer l’exclusion sociale. L’exclusion qui est en réalité vraiment présente, trop présente. Trop souvent les Lituaniens se retrouvent devant des murs infranchissables à cause de leur niveau social, de leur origine, de leur âge ou de leur handicap.

Il y a 28 ans, nous nous sommes promis dans la Constitutions de la République de Lituanie que l’Etat indépendant et démocratique régulerait l’activité économique de manière à ce qu’elle serve au bien-être commun des citoyens. Nous avons instauré des principes d’aide pour les plus démunis, de financement des système éducatif et sanitaire.

Nous devons tenir cette promesse. La justice sociale est, d’après moi, la possibilité de chaque personne de bénéficier de l’égalité des chances pour poursuivre ses objectifs, pour vivre dignement, et surtout, pour être indépendant. Nous ne pouvons pas nous limiter aux aides sociales à des groupes socialement vulnérables. Nous devons chercher des moyens pour développer les services sociaux, pour développer un environnement favorable sur le marché du travail, pour encourager l’emploi. Ainsi les gens auront la possibilité de s’émanciper.

Le changement doit commencer dès l’école maternelle ou primaire. La vérité qui dérange est que les résultats de nos élèves dans les écoles dépendent de plus en plus de leur lieu de résidence et du statut de leurs parents. Les déséquilibres au sein du système éducatif empêchent de nombreux jeunes de révéler leurs talents. Nos enfants en souffrent. Nous en souffrons tous également.

L’éducation est pour moi la priorité, j’aspire à l’égalité des chances dès le départ via le développement de l’accessibilité des écoles maternelles aux enfants des familles à risque social. Nous devons assurer que le système éducatif réponde aux besoins de développement de chaque enfant et que l’enseignement scolaire soit complété par les activités extra-scolaires. Un contenu de qualité doit être accessible à tous !

Je suis certain que l’éducation peut et doit faire objet de l’entente entre toutes les forces politiques. J’aspirerai donc à un accord national entre les partis qui sera leur engagement à long terme envers la génération future comme cela a été le cas en matière de défense.

Nous sommes en compétition sur le marché mondial tout d’abord grâce à nos connaissances et à nos compétences. Je pose donc dès maintenant les bases pour que dans une dizaine d’années les résultats des élèves lituaniens soient classés parmi les vingt meilleurs Etats dans le monde.

La confiance de la société dans l’Etat dépend également des autres services publics. La pandémie du coronavirus nous a rappelé qu’un système de santé fort est important. Nous avons tous droit aux services de santé fournis à temps, de qualité et accessibles. La difficulté pour obtenir ces services et l’insatisfaction quant à leur qualité entrainent une déception à long terme de nos citoyens. Il est donc important non seulement de rétablir le plus rapidement possible l’accessibilité aux services d’une meilleure qualité, de se préparer à une vaccination massive mais aussi de vraiment moderniser et renforcer le système de santé.

Notre sentiment de justice est également détérioré par trop d’inégalités. Un citoyen sur cinq vit sous le seuil de pauvreté, ce qui représente 600 000 personnes. Ce sont les nôtres. Non seulement les passants dans la rue mais aussi nos parents, les seniors de nos familles, des amis d’enfance, des familles avec des enfants qui contribuent à l’avenir du pays. Ils méritent tous l’égalité des chances pour agir ainsi que les salaires équitables pour les efforts déployés.

Nous pourrions parler d’un Etat et d’une société plus justes si le rapport entre les plus hauts et les plus bas revenus ne dépassait pas cinq. Pour y parvenir nous devons d’abord assurer que la pandémie du coronavirus n’aura pas d’impact négatif durable sur l’exclusion sociale et la pauvreté. Nous devrons également nous occuper de nos seniors car le bien-être de la société peut être mesuré en prenant en considération la situation des personnes âgées. Les retraites doivent augmenter plus rapidement pour correspondre aux normes de l’Europe occidentale. Je propose donc et continuerai à proposer les amendements nécessaires des lois.

Nous devons également réformer l’économie, créer une valeur ajoutée plus importante et aspirer à ce que les revenus des Lituaniens atteignent le niveau des Etats providence. Un système fiscal plus juste, sans inégalités et exceptions, nous est également nécessaire. Une lutte plus intelligente contre l’économie souterraine qui épuise les ressources financières de l’Etat doit être l’une de nos priorités.

Nous devons assurer une politique régionale plus efficace pour réduire l’exclusion au niveau régional ainsi que la pression à partir à la recherche d’une meilleure vie dans la capitale ou à l’étranger. Cet objectif ne peut pas être réalisé sans des municipalités fortes et indépendantes. Mon équipe et moi, ainsi que les autres institutions nationales travaillent dans la poursuite de l’objectif de voir le salaire moyen dans les régions atteindre au moins 85 % du salaire dans la région de la capitale.

La confiance dans l’Etat, Mesdames et Messieurs, est également détruite par des décisions du pouvoir qui manquent de transparence. Les suspicions que les institutions nationales et municipales ou des personnes concrètes agissent de manière irresponsable ou malhonnête, abusent du pouvoir, sont corrompues et dépensent de manière inappropriée nos ressources, ces suspicions sont un lourd fardeau. Chacun de ces cas est un défi pour notre sentiment inné de justice. Nous devons donc continuer notre lutte contre l’impunité. J’exigerai à titre personnel le respect des plus hauts standards non seulement dans le domaine de la loi et de l’ordre mais aussi dans la politique.

En troisième lieu, la Lituanie doit être verte.

De plus en plus de gens comprennent que la qualité de leur vie dépend directement de la propreté de l’environnement et que la biodiversité est non seulement notre ressource mais doit aussi être laissée en héritage aux générations futures. Nous poursuivons déjà, avec les autres pays membres de l’Union européenne, l’objectif de la neutralité climatique.

Nous devrons faire davantage à l’avenir. Nous serons obligés de renoncer aux habitudes de consommation non durables et de créer une économie moderne, efficace, compétitive, verte. Nous ne le réussirons pas si nous n’arrêtons pas de regarder en arrière et de chercher des moyens pour contourner les restrictions fortes. Nous devons, au contraire, rechercher de nouvelles possibilités et être inventifs. C’est une occasion exceptionnelle d’intégrer les rangs des leaders économiques mondiaux ! Oui, vous l’avez bien entendu, les rangs des leaders économiques mondiaux ! La numérisation et l’économie verte sont les moyens pour y parvenir.

La protection de l’environnement peut et doit devenir une partie intégrante de tous les habitants de la Lituanie. La société doit participer à la prise des décisions. Chacun peut contribuer au changement, par exemple, en choisissant plus souvent le vélo à la place de la voiture, en renonçant aux sacs plastiques, en achetant des produits écologiques aux agriculteurs locaux.

Pour que les questions environnementales unissent la société au lieu de la fracturer, j’ai lancé l’initiative de la Lituanie verte qui réunit de nombreux groupes de notre société, dont les municipalités, les entreprises dans les domaines de l’industrie, du commerce, de l’agriculture, des organisations non gouvernementales et les communautés locales. J’exigerai que toutes les décisions nationales soient évaluées en fonction de l’impact environnemental et climatique. La loi-cadre en préparation devra refléter cette préoccupation majeure.

En quatrième lieu, la Lituanie doit être innovante.

Seule une percée en matière d’innovations permettra de transformer l’économie et de proposer à l’avenir des produits et des services à plus haute valeur ajoutée. Un environnement réglementaire fiable, des conditions favorables à la création des entreprises et des encouragements pertinents à la modernisation et aux investissements permettraient aux entreprises d’innover et de créer des emplois mieux payés. Afin de participer à la compétition au niveau mondial, nous devons libérer notre potentiel intellectuel, mobiliser la connaissance et commercialiser les réussites scientifiques.

Difficile de croire que les grandes innovations seraient possibles quand le financement de la recherche scientifique et du développement expérimental n’atteint même pas 1 % du PIB. C’est notre honte. Nous sommes toujours deux fois en dessous de la moyenne de l’Union européenne. Ainsi, nous ne disposons pas des conditions pour un environnement propice à la recherche scientifique et à son application, ce qui empêche la révélation de jeunes talents et cause la fuite des cerveaux.

Les innovations dépendent de plus en plus du numérique. Nous devons donc consolider les systèmes d’information nationaux et nous assurer que tous les services soient également fournis à distance et, si possible, en temps réel.

Il est déjà évident que les solutions d’intelligence artificielle axées sur l’humain et les principes éthiques exigeront une accélération de l’accessibilité des données du secteur public. Tout ce qui n’est pas secret doit être ouvert et accessible à chaque citoyen. Malheureusement, ce n’est pas encore le cas aujourd’hui.

Mesdames et Messieurs,

Pour que l’Etat puisse accomplir ses fonctions de manière pertinente, pour que les services publics en matière d’éducation, de santé et d’autres secteurs soient de qualité, il a besoin des ressources suffisantes. Il est évident qu’aujourd’hui ces ressources manquent en Lituanie : les finances publiques sont inférieures à la moyenne de l’Union européenne d’un quart. C’est pourquoi de nombreux secteurs subissent ce manque de manière permanente. Ainsi chacun essaie d’avoir sa part du gâteau au détriment de l’autre car ce gâteau est, malheureusement, insuffisant.

Pour que la Lituanie soit forte, juste, verte et innovante, nous devrons augmenter les recettes de l’Etat. Je suis convaincu que le financement des services publics doit monter au moins jusqu’à 35 % du PIB.

Aujourd’hui même nous pouvons augmenter les entrées d’argent dans le budget. Pour y parvenir, il est indispensable de lutter contre l’économie souterraine et l’injustice fiscale. Il est au moins aussi important d’utiliser de manière efficace les ressources à disposition, c’est pourquoi j’ai initié une réforme du système des achats publics et de la lutte contre la corruption.

Il est évident que la vision de l’Etat providence lituanien ne peut pas et ne doit pas se limiter au rôle du pouvoir en place. Chaque Etat démocratique est fort si sa société civile est puissante, solide et prête à agir.

La citoyenneté doit être en permanence renforcée et développée pour être viable. J’invite donc tous les Lituaniens à participer activement aux activités des organisations non gouvernementales et des communautés. Vous pouvez vous occuper de ceux qui vivent à vos côtés, défendre ensemble l’intérêt commun, le bien public et trouver des solutions aux problèmes.

Nous parviendrons à une vraie maturité de l’Etat seulement quand la majorité des habitants, bénéficiant des conditions nécessaires, participeront activement à la vie publique. Nous avons besoins de plus de bénévoles, de membres des organisations et des communautés locales, plus de personnes qui osent exprimer leur opinion et exiger la responsabilité des autorités.

Pour pouvoir parler d’un vrai pas vers l’Etat providence, la Lituanie devrait avoir au moins 55 points sur 100 de l’indice du pouvoir civique. Nous n’en avons aujourd’hui que 40.

Le bien-être dépendra directement de l’implication de la société dans la résolution des questions majeures, de leur durabilité et de leur pertinence assurées par les autorités, de notre dialogue et de l’entente. Notre capacité à évaluer si les ressources pour un objectif précis sont non seulement nécessaires mais aussi suffisantes jouera un rôle primordial. Il sera tout aussi important que nous-mêmes soyons responsables pour le bien public, unis et solidaires, déterminés à nous respecter.

L’Etat providence c’est surtout les personnes, qui non seulement se basent sur la culture de confiance mais aussi la créent. Plus notre exemple donné aux autres est convaincant, plus notre préoccupation envers les autres est sincères, plus il sera facile d’avancer tous ensemble.

Ne croyons pas ceux qui disent que tout va bien dans notre Etat. Ayons la patience pour préserver nos acquis, aspirons sans relâche à de nouveaux sommets et semons de nouvelles graines de créativité et d’amour. Pour voir pousser un Etat providence lituanien fort, juste, vert et innovant !

Je vous remercie !

Gitanas Nausėda, Président de la République de Lituanie

Mise à jour 2020.10.29 12:01

Précédent