Président de la République de Lituanie

Discours du Président de la République de Lituanie Gitanas Nausėda à l’occasion du 30e anniversaire du rétablissement de l’indépendance de la Lituanie

11/03/2020

Chers citoyens de la République de Lituanie indépendante,

participants et invités à notre fête,

il y a 30 ans, ici, au cœur de la Lituanie, des milliers de citoyens lituaniens ont attendu le rétablissement d’un État indépendant. Bien qu’il restât encore quelques heures avant le rétablissement d’un État de jure, tous ceux rassemblés sur la place de l’Indépendance et les milliers de milliers de personnes devant les postes de télévision et les radios, nous nous sentions citoyens d’une République de Lituanie indépendante.

Nous n’avions pas de passeports de la République de Lituanie, ce jour-là nous avons seulement récupéré officiellement le nom et les armoiries de l’État, mais dans nos cœurs nous vivions déjà dans une Lituanie souveraine.

L’État lituanien était occupé, mais l’esprit des citoyens d’une République de Lituanie indépendante est toujours resté. Des héros de la guerre des partisans au groupe d’Helsinki, à la Ligue lituanienne pour la liberté, aux éditeurs des Chroniques de l’Église catholique et aux précurseurs des mouvements écologiques, il y a toujours eu en Lituanie des personnes respirant la liberté, défendant la liberté et luttant pour des idéaux. Leur sacrifice, leur courage et leur détermination sont devenus l’impulsion d’un processus qui a changé l’Histoire.

Lorsque nous nous rappelons de 1990, souvent nous mentionnons tout d’abord l’Unité. Nous avions une idée, un désir, l’esprit du Sąjūdis qui infectait toute la Lituanie. L’Unité a été cette force qui a désintégré l’empire.

Les signataires de l’Acte d’indépendance étaient des personnes très différentes, avec des expériences différentes, des approches différentes. Toutefois, une idée – la Lituanie indépendante - les a réunis pour la décision la plus importante de leur vie.

Est-ce qu’aujourd’hui la Lituanie peut espérer au moins une unité similaire ? Avons-nous une idée qui pourrait rassembler pour travailler ensemble des personnes de différentes opinions politiques ? Avons-nous une idée qui inviterait non pas à détruire mais à construire ensemble ?

J’aimerais que l’État-providence, fondé sur la responsabilité, la justice et la solidarité, devienne cette force motrice qui unit. Une force qui protégerait et renforcerait les fondations de la République de Lituanie indépendante. Une force qui permettrait de régler des problèmes récurrents comme la fracture sociale ou régionale. Une force qui donnerait une puissante impulsion à une percée dans l’éducation, l’économie et la protection de l’environnement.

La confiance. C’est un autre mot dont je me souviens en commémorant 1990. En élisant le Conseil suprême, le peuple a exprimé sa confiance dans des personnes qui portaient dans le cœur un désir : rétablir un État indépendant. Et cette confiance n’a pas été trahie.

Le Président Vytautas Landsbergis, non, je ne me trompe pas, le Président, car ce mot reflète le mieux les travaux qu’il a accomplis en tant que chef de l’Etat. Il a été la personne dont le leadership il y a 30 ans a été une partie très importante de la renaissance de la Lituanie indépendante. Il est douloureux qu’à patir de cette année le 11 mars sera marquée pour Vytautas Landsbergis par une perte personnelle. Toutes nos condoléances, Monsieur le Président.

Lors de la rencontre avec les signataires, organisée hier au Palais présidentiel, nous avons parlé du désamour qui détruit de l’intérieur tant l’homme que toute la société. À cette occasion, je me suis rappelé de l’inspirant film « Désamour ». La haine d’un homme et d’une femme l’un pour l’autre devient le désamour pour leur fils et cette balle du désamour roule dans les quartiers d’une grande ville mornes et incolores, gris d’absurdité et d’indifférence. Est-ce que ce n’est pas cette réalité dont nous avons dû nous arracher ? Nous en sommes-nous arrachés ? Peut-être revenons-nous insidieusement en arrière, dans les frontières d’un État indépendant ?

Notre Lituanie s’est embellie tant qu’elle a été construite sur la base de l’amour, elle n’est pas attirante tant que la haine s’y blottit. Ce n’est plus important si cette haine a été déterminée par la perte des repères, les enchères politiques ou tout simplement la lassitude. La haine est simplement la haine de la personne, de l’arbre, de l’environnement. Elle est toujours destructive. « Que l’amour de la Lituanie brûle dans nos cœurs » disent les paroles de l’Hymne national. Ils n’indiquent pas autre chose que le patriotisme, encore une autre notion que nous avons chassé un jour imperceptiblement de notre vocabulaire.

Le patriotisme tout comme l’arbre prospère du sommet : l’amour sa famille, sa rue, sa ville, sa Patrie. Enfin, il croît et s’affine jusqu’à l’amour pour l’humanité.

N’ayons pas peur d’être les patriotes de notre pays ! Imprégnons dans nos cœurs le 11 mars 1990, Jour de l’Unité, de la Confiance et de l’Amour. Le jour où la Lituanie est née une nouvelle fois pour devenir un État fort, juste, de citoyens aimant la liberté et luttant pour elle.

Fêtons la liberté !

Gitanas Nausėda, Président de la République de Lituanie

Mise à jour 2020.03.12 13:08

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