Président de la République de Lituanie Président de la République de Lituanie

Discours du Président de la République de Lituanie Gitanas Nausėda à l’occasion du 230e anniversaire de l’Engagement mutuel des Deux Nations

19/10/2021

Monsieur le Président de la République de Pologne,

Madame la présidente du Parlement, Mesdames et Messieurs les députés, très honorables invités,

C’est avec un grand plaisir que je participe à la commémoration de l’anniversaire de l’Engagement mutuel des Deux Nations. Nous sommes réunis aujourd’hui pour continuer et clôturer symboliquement la commémoration du 230e anniversaire de la Constitution du 3 Mai.

Je suis heureux que le Président de la République de Pologne soit également là pour cette occasion exceptionnelle. Lors de ma visite à Varsovie, il y a six mois, j’ai ressenti une grande responsabilité envers les nations de la Lituanie, de la Pologne ainsi que les autres nations de région, proche de l’héritage de notre Etat commun. Je suis convaincu que son Excellence le Président ressent l’importance de cette visite.

C’est une excellente occasion pour se rappeler de l’histoire commune de la Lituanie et de la Pologne, pour évaluer l’héritage culturel accumulé ainsi que la contribution considérable de nos pays au développement de l’Europe. Nous pouvons être fiers à juste titre de la Constitution du 3 Mai car elle s’inspire des idées du Siècle des Lumières, les interprète et les adapte au contexte de notre région. Nous nous rappellerons et apprécierons toujours ce document car il a fait de la Lituanie et de la Pologne des pionniers de la pensée constitutionnelle.

La décision à l’unanimité du Parlement de l’Etat fédéral des Deux Nations le 20 octobre 1791 d’adopter l’Engagement mutuel des Deux Nations a été l’aboutissement d’une discussion engagée bien avant les prémices de la Constitution du 3 Mai. C’était la conséquence naturelle des processus de la fin du XVIIIe siècle quand la menace existentielle que traversait la République des Deux Nations poussaient nos ancêtres à mettre en place des réformes urgentes et à renforcer l’Etat.

L’une des tendances les plus fortes dans l’Europe de cette époque était la centralisation du pouvoir étatique. Ainsi la majorité des hommes d’Etat lituaniens et polonais les plus éminents et influents cherchaient à unir le Royaume et le Grand-Duché en une structure politique, capable de se mobiliser et de faire face à la pression des étrangers.

Toutefois même après l’adoption de la Constitution du 3 Mai, le titre officiel de la Commission de police incluait le terme des « Deux Nations ». C’était une institution commune, mais celle des « Deux Nations ». Non seulement de la Pologne, non seulement de la République commune, mais aussi de la Lituanie.

Ce n’est pas pour rien que lors de la discussion sur l’évolution des institutions de l’Etat commun, le châtelain de Trakai Constantin Plater affirmait que « au sein de l’Union la Lituanie ne peut pas être considérée comme une province du corpus commun mais elle doit être une Nation aux côtés de l’autre ».

L’Engagement mutuel des Deux Nations adopté en octobre 1791 a donc parfaitement traduit l’évolution politique naturelle de l’Etat commun de l’Union de Lublin au Siècle des Lumières. C’est la recherche permanente du compromis qui a fait naître le document constitutionnel, indissociable du Pacte Conventa, qui ne peut être lu que dans le contexte de la Constitution du 3 Mai. L’Engagement mutuel des Deux Nations a définitivement établi une dualité politique et le statut de la Lituanie, partenaire égal de la Pologne au sein de l’Etat fédéral. Ainsi ses auteurs ont réussi à concilier le besoin de la centralisation de l’Etat et la tradition de la souveraineté du Grand-Duché de Lituanie.

Le document dont nous commémorons aujourd’hui le 230e anniversaire nous est important non seulement comme l’une des parties de la Constitution du 3 Mai mais il est aussi une preuve que le développement des relations interétatiques entre les Lituaniens et les Polonais s’est basé et se base toujours sur l’art du compromis. Ces relations doivent évoluer sur une base de confiance et de tolérance. C’est le seul moyen pour perpétuer l’unité stratégique et s’en servir dans le contexte géopolitique en transformation.

Chers tous,

La Lituanie et la Pologne sont renées des cendres à deux reprises au cours du XXe siècle en se basant sur les traditions de liberté et de souveraineté, transmises d’une génération à l’autre.

Nous sommes libres pour la troisième fois, nous pouvons travailler pour nos Etats et le bien-être de nos citoyens. Nous vivons mieux que jamais. Notre sécurité est garantie mieux que jamais.

Je me réjouis que la Lituanie et la Pologne continuent à avancer ensemble.

Les dernières décennies sont marquées par le développement rapide des relations entre la Lituanie et la Pologne. Toutefois, nous n’avons pas encore, d’après moi, à ce jour, exploité toutes les opportunités de coopération.

Nous devons agir car nous affrontons des menaces et des défis militaires, technologiques, économiques. Tout comme il y a 230 ans, la Lituanie et la Pologne sont aujourd’hui aux premières lignes de la civilisation occidentale. Les tentatives de créer des tensions à la frontière orientale de l’UE et de l’OTAN nous engagent non seulement à assurer la sécurité de nos pays mais aussi à sauvegarder l’équilibre de la région. Nous devons non seulement accorder une attention toute particulière à la coopération militaire bilatérale mais aussi consolider l’unité de l’OTAN, renforcer l’infrastructure frontalière et intégrer dans nos schémas de sécurité l’Ukraine, pays qui nous est culturellement et politiquement proche, ainsi qu’aspirer au rétablissement de son intégrité territoriale.

Nos pays déploient énormément d’efforts pour que les citoyens biélorusses aient le droit d’élire librement et démocratiquement leurs représentants. Nous y croyons et laissons le format du Triangle de Lublin ouvert à la Biélorussie démocratique de demain.

Ce qui veut dire également que nous devons nous préparer à faire face à des menaces d’un nouveau type. L’attaque hybride du régime biélorusse, qui a envoyé aux frontières lituaniennes, polonaises et lettonnes des milliers de migrants illégaux, nous a fait prendre conscience de la nécessité de modifier la législation de l’UE. Elle doit être adaptée aux nouvelles réalités et permettre d’assurer la protection des frontières extérieures de l’UE.

En profitant de cette occasion, je remercie sincèrement la Pologne qui nous a aidé à gérer la crise migratoire provoquée par le régime biélorusse ainsi que pour son soutien politique concernant la centrale nucléaire d’Astraviets dangereuse et nos efforts pour empêcher la vente de l’électricité qui y est produite sur le marché intérieur de l’UE.

Tout comme avant, j’espère beaucoup de la coopération entre la Lituanie et la Pologne pour développer la politique du partenariat oriental de l’UE. Notre succès dans ce domaine déterminera à l’avenir la stabilité et le bien-être de toute la région. Nous devons donc faire tout notre possible pour que la direction stratégique de la politique du partenariat oriental soit respectée et pour que les incitations à mettre en place les réformes ambitieuses soient maintenues.

L’esprit de la Constitution du 3 Mai et de l’Engagement mutuel des Deux Nations est également parfaitement reflété par nos dernières réussites grâce à la coopération économique, énergétique, culturelle entre nos pays.

Nous sommes heureux de voir les changements rapides des infrastructures de transport polonaises. Nous nous sommes impliqués avec un grand enthousiasme dans les projets de Rail Baltica et nous attendons avec espoir l’année 2026, début de l’exploitation de la ligne ferroviaire européenne.

Nous espérons encore avant, en 2025, mettre en place avec Pologne le projet Harmony Link, nécessaire pour la synchronisation des réseaux électriques des Etats baltes avec l’Europe continentale. Prochainement un autre projet devrait être mené à bien, celui du développement d’une liaison électrique avec la Pologne.

Il n’est pas moins important que se poursuive la coopération entre les institutions des deux pays dans les domaines de la culture, de la mémoire historique et de la recherche, entre les chercheurs, les spécialistes du patrimoine et les muséographes. Cette coopération est assurée de manière permanente, elle est efficacement développée mais c’est aujourd’hui qu’elle est plus que jamais visible grâce à l’ouverture de l’exposition internationale et la conférence scientifique au Palais des Grands-Ducs, dédiées à l’histoire de la Constitution du 3 Mai et de l’Engagement mutuel des Deux Nations qui lie la Lituanie et la Pologne.

Je l’ai dit il y a six mois à Varsovie et je peux répéter que la Lituanie découvre pour l’instant la Constitution du 3 Mai. J’aimerais que l’on voie plus souvent cette Constitution comme l’ensemble qui inclut également l’Engagement mutuel des Deux Nations. J’aimerais que l’on se la rappelle comme une tentative unique dans les conditions d’antan de résoudre des problèmes structurels de l’Etat fédéré de la Lituanie et de la Pologne et la modernisation de la société.

Que l’esprit de la Constitution du 3 Mai et de l’Engagement mutuel des Deux Nations, après avoir traversé des centenaires particulièrement difficiles et après avoir resplendi d’une nouvelle lumière aujourd’hui, à l’époque de liberté, soit une inspiration pour nos citoyens. Que la confiance mutuelle, le respect et la tolérance soient toujours une base des relations de la Lituanie et de la Pologne !

Je vous remercie pour votre attention !

Mise à jour 2021.10.19 16:59

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