Président de la République de Lituanie Président de la République de Lituanie

Discours du Président de la République de Lituanie Gitanas Nausėda à l’occasion de la commémoration du 230e anniversaire de la Constitution du 3 mai au Parlement polonais

03/05/2021

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les députés des Parlements polonais et lituanien,

Chers Polonais, Chers Lituaniens,

Ce jour mémorable, nous témoignons par notre exemple de l’entente inébranlable entre la Lituanie et la Pologne.

Depuis l’union du Roi Ladislas II Jagellon et de la Reine Hedwige, nous avons avancé dans la même direction, en nous éloignant parfois, mais sur le long terme en nous rapprochant de plus en plus. La base de nos relations a toujours été notre appartenance à la civilisation occidentale, dont nous étions toujours conscients, et notre devoir de promouvoir et de défendre ses valeurs.

La Lituanie et la Pologne avancent toujours en se serrant les coudes. Nous sommes aujourd’hui membres de l’Union européenne et de l’OTAN. Nous renforçons nos liens dans les domaines de la politique, de la défense, de l’économie, de la culture, nous nous efforçons d’assurer la sécurité de notre Etat. Nous savons parfaitement que de la réussite de notre coopération dépend l’espoir d’avoir dans notre plus proche voisinage un espace de paix, de stabilité et de prospérité.

C’est pourquoi je propose de considérer l’histoire de la Constitution du 3 mai tout d’abord comme un rappel de nos nombreux acquis et de nos nombreuses réussites communes à venir.

Il y a 230 ans, nos Nations, après avoir longtemps appris la culture politique occidentale, se sont retrouvées en un bond parmi les leaders de la pensée constitutionnelle et politique. En adoptant la deuxième Constitution écrite dans le monde et la première en Europe, nos ancêtres ont à nouveau confirmé leur engagement envers la liberté de l’individu et l’existence politique du pays. Ils ont été également les premiers en Europe à appliquer la séparation des pouvoirs.

La Constitution du 3 mai a résumé de longues années d’existence de la République des Deux Nations et a reflété ce que nous avions appris. Elle a également été l’aboutissement de réformes ambitieuses dans les domaines politique, social et économique.

L’importance historique du document adopté a été parfaitement comprise par les contemporains. L’un des plus célèbres prêcheurs lituaniens de l’époque, Mykolas Pranciškus Karpavičius, affirmait que « grâce au nouveau droit, notre nation recevra honneur et autorité aux yeux de toute l’Europe ». Le recteur de l’Académie de Vilnius Martynas Počobutas espérait que « une fois l’ancien désordre aboli et la liberté pleine de sagesse étabie, les bases de nos espoirs seraient assurées et la liberté de notre terre pourrait commencer ».

Nous regrettons aujourd’hui que ce dernier rêve n’ait pas pu devenir réalité : la Constitution a été, à peine un an après, piétinée par l’Armée ennemie. Elle a cependant trouvé un écho dans la société. Les auteurs de la Constitution, en formant l’union politique des seigneurs et des nobles avec les citadins ainsi qu’en améliorant la situation des paysans, ont élargi et renforcé la nation politique. La société d’ordres dirigée par les seigneurs a commencé à se transformer en une Patrie de tous les citoyens.

C’est pourquoi lors des siècles suivants la Constitution du 3 mai est restée vive comme un idéal puissant, comme une alternative à la tyrannie. Les idées de séparation des pouvoirs et des libertés individuelles reconnues par la loi allaient à l’encontre de l’autocratie tsariste et réveillaient la détermination des Lituaniens, des Polonais et des autres nations de la région à s’y opposer. L’esprit de « la loi de fonctionnement » s’est manifesté à plusieurs reprises par de nouvelles révoltes et, jusqu’au XXe siècle, a montré la voie à ceux qui avaient le courage de s’opposer aux régimes totalitaires.

Même si aujourd’hui nous tournons une nouvelle page en termes de qualité des relations entre la Lituanie et la Pologne, on entend encore parfois des doutes sur les aspirations et leur mise en place communes qui mettraient en danger la souveraineté des pays. Toutefois je suis convaincu qu’il n’y a aucun risque d’une telle collision.

La Lituanie et la Pologne ont trop longtemps souffert de l’oppression des Etats ennemis pour ne pas apprécier et valoriser l’indépendance l’une de l’autre. Que nos positions soient particulièrement proches concernant la majorité des questions sur la géopolitique, sur les relations avec les voisins, sur la sécurité et la défense, sur la coopération économique, ce fait est notre atout et notre trésor, pas un problème ou encore moins une menace.

C’est un objectif dans l’esprit du XXIe que de chercher des partenaires, pas des opposants, de se fier à l’énergie positive des gens et des Etats car c’est la seule route menant vers le progrès.

Je suis convaincu que les pères de la Constitution du 3 mai soutiendraient cette position de principe. Nous pouvons trouver d’autres exemples à suivre parmi les représentants des familles lituaniennes et polonaises célèbres : les Radziwill, les Potocki, les Chreptowicz, les Sanguszko, les Chodkiewicz, les Oginski, les Tyszkiewicz et de nombreuses autres nous ont offert des personnalités exceptionnelles dont les activités ont largement dépassé les frontières d’un Etat et qui sont devenues des héros aussi bien dans l’histoire des deux Nations que de celle de toute l’Europe.

Mesdames et Messieurs,

La Constitution du 3 mai appartient aussi bien aux Lituaniens qu’aux Polonais et aux autres nations de la région tant qu’elles sont prêtes à assumer la responsabilité pour l’avenir de cette riche tradition.

Je me réjouis que nous, les Lituaniens, redécouvrions à présent la Constitution du 3 mai. Nous nous rappelons l’engagement des deux Nations adopté en octobre 1791, qui a mis sur le même pied les armoiries du Grand-duché de Lituanie et du Royaume de Pologne. Nous commençons à apprécier cette période quand nous étions, avec la Pologne, un exemple d’unification à toute l’Europe.

Il est aussi important que ces évènements du passé nous inspirent pour les nouveaux travaux communs. Nous sommes ensemble les principaux gardiens de l’héritage historique de la République des Deux Nations et nous devons agir ainsi en cette période difficile. Notre devoir est d’assurer que les nations proches du point de vue historique, les Ukrainiens et les Biélorusses, puissent profiter des fruits de la liberté, de l’indépendance et de la démocratie. Dans le passé, elles appartenaient à la famille commune des pays européens et je suis convaincu qu’il en sera ainsi à l’avenir !

Nous vivons cependant dans une époque compliquée. Tout comme il y a 230 ans, nous voyons une puissance militaire croitre à l’Est, qui tente de nier nos valeurs et menace notre façon de vivre. Les nations voisines qui cherchent à créer des relations démocratiques continuent à devoir affronter le non-respect brutal des droits et des libertés de l’homme.

Les forces militaires russes déployées à la frontière ukrainienne et les actions militaires à l’Est de l’Ukraine menées par l’armée russe et les groupes armés illégaux financés par Moscou montrent les efforts pour soutenir et encourager les tensions militaires et les utiliser pour porter un impact politique.

Je tiens à souligner que la Lituanie ne reconnaitra jamais l’annexion illégale de la Crimée et cherchera à aider à mettre fin à l’occupation de facto d’une partie de l’Ukraine orientale. Quoi qu’il arrive, nous ne pouvons pas permettre que l’Ukraine soit violement rejetée vers le passé !

Il n’est pas secret que la Russie tente également de reprendre le contrôle de la Biélorussie et de piétiner la soif de liberté du peuple courageux de ce pays. Un rôle important dans ce processus revient à la centrale nucléaire d’Astraviets qui représente une menace pour tous les habitants de la région. J’ai dit et je répèterai que la souveraineté de la Biélorussie nous est importante et que nous n’accepterons jamais l’utilisation de l’énergie en tant qu’arme géopolitique, qui a transformé la Biélorussie en otage politique du Kremlin.

Notre sécurité et notre bien-être dépendent de la capacité à créer dans notre voisinage un espace de paix, de démocratie et de prospérité. Nous ne pouvons donc pas observer calmement le retour du droit de plus fort. Nous ne pouvons pas ignorer les tentatives de redessiner les frontières des Etats souverains. Nous devons dire clairement que l’Europe du XXIe siècle ne tolérera pas de nouveaux partages en sphères d’influence ni ceux qui nient la souveraineté des Etats souverains !

Pour que les Nations de la région puissent réaliser librement leurs aspirations démocratiques, nous aurons également besoin d’une vision claire de l’Union européenne pour le partenariat oriental.

Les leçons du passé nous montrent que face à une force ennemie agressive, nous devons nous unir et mobiliser nos forces sans attendre qu’il soit trop tard. Les Présidents Valdas Adamkus et Lech Kaczyński ont montré par leurs actions que nous serons toujours plus forts ensemble !

Chers tous,

Je me réjouis de tout mon cœur et je suis fier que nous ayons beaucoup accompli ces derniers temps en renforçant les liens bilatéraux entre la Lituanie et la Pologne. Un évènement symbolique mémorable a été la présence du Président Andrzej Duda aux obsèques nationales des chefs de l’insurrection de 1863-1864 à Vilnius. Nous avons repris l’activité du Conseil des Présidents pour renforcer davantage le partenariat stratégique entre la Lituanie et la Pologne. Nos parlements et nos gouvernements nationaux coopèrent de manière étroite et intense en aidant à mettre en place des intérêts communs en matière de sécurité, de défense, de voisinage sûr et de bien-être des citoyens. Nous apprécions tout particulièrement la contribution de la Pologne à la mise en place des projets d’infrastructure communs, nécessaires à la région de la Baltique.

En se projetant dans l’avenir, il est aussi essentiel de profiter de manière créative du potentiel de l’appartenance de la Lituanie et de la Pologne aux principales structures euroatlantiques. Nous devons être prêts, avec nos alliés de l’OTAN, à dissuader toute action ennemie.

J’irai encore plus loin et je dirai que le renforcement et l’amélioration des relations avec la Pologne est l’une des priorités de la politique étrangère de la Lituanie. C’est aussi mon impératif d’action en tant que Président lituanien.

Je crois profondément au pouvoir des liens et de l’amitié entre nos peuples. Nos nations portent un vif intérêt et cherchent à connaitre non seulement le patrimoine historique mais aussi les réussites d’aujourd’hui.

Je dois avouer que je suis heureux d’entendre parler lituanien en Pologne et vice versa. Cela prouve que chaque jour nous nous connaissons et nous nous comprenons de mieux en mieux.

Les personnalités célèbres du passé servent cet objectif et elles sont devenues un pont culturel entre la Lituanie et la Pologne. Je n’en mentionnerai que quelques-unes : le génial Adam Mickiewicz, l’un de mes peintres préférés Ferdynand Ruszczyc, l’humaniste et érudit Jerzy Giedroyc.

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les sénateurs et les députés,

Mesdames et Messieurs,

Lors de notre longue histoire commune, nous avons traversé plusieurs épreuves : les guerres et les pestes, les divisions, les déportations et les exterminations. Mais aussi, toujours ensemble, nous avons mené les luttes de résistance pour nos valeurs. Nous avons été toujours accompagnés par la foi, par la Sainte Vierge dans nos cœurs qui défend Czestochowa et illumine la Porte de l’Aurore, par le Vytis et par l’Aigle sur nos armoiries. Et par la joie des victoires. Nous savons que la réussite est au rendez-vous pour ceux qui résistent.

Aujourd’hui, en regardant notre passé commun, j’y vois une source intarissable, où nous pouvons puiser de l’inspiration. Ainsi la Constitution du 3 mai nous invite non seulement à réfléchir aux valeurs du patriotisme, de la liberté individuelle et de la démocratie mais aussi à les défendre activement face aux nouvelles menaces.

Je voudrais souhaiter que l’amitié lituano-polonaise vive, soit basée sur la bonne volonté, l’entente mutuelle et le travail pour les changements positifs dans la vie de nos citoyens.

Avançons ensemble en nous serrant les coudes ! Que nos patries soient toujours un exemple à suivre aux autres nations.

Pour notre et votre liberté !

Gitanas Nausėda, Président de la République de Lituanie

Mise à jour 2021.05.03 11:32

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