Président de la République de Lituanie

Discours d’investiture du Président de la République de Lituanie Gitanas Nausėda au Parlement lituanien

12/07/2019

Chers compatriotes ! Vos excellences les Présidents Madame Dalia Grybauskaitė, Monsieur Valdas Adamkus, Monsieur Vytautas Lansbergis ! Monsieur le Président du Parlement lituanien, Mesdames et Messieurs les Députés ! Chers invités !

Aujourd’hui, en acceptant les pouvoirs que le peuple lituanien me confère, je voudrais tout d’abord remercier les chefs de la Lituanie qui ont dirigé l’Etat de manière exemplaire et avec sagesse lors des périodes les plus compliquées.

En puisant nos forces dans l’histoire de la Nation et dans nos héros – du Roi Mindaugas aux signataires de l’acte de l’Indépendance, des premiers volontaires de l’Armée lituanienne aux partisans, des expatriés aux dissidents de l’époque soviétique – nous avons construit notre Etat en commençant par ses bases et il est aujourd’hui un membre de la famille des pays de l’Union européenne, un partenaire fiable au sein de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord.

Nous avons créé un Etat qui vit aujourd’hui probablement la période la plus réussie et la plus prospère économiquement dans l’histoire du pays.

Cependant pourquoi alors plusieurs d’entre nous ont ce sentiment d’avoir oublié quelque chose de très important dans cette course ? Pourquoi les statistiques et l’état d’esprit des gens ne suivent pas ces progrès ? Comment en discutant d’une Europe à deux vitesses, nous n’avons pas remarqué que nous avions créé une Lituanie à deux vitesses ?

Les mots du serment du Président que je viens de prononcer, ce n’est pas seulement un texte prévu par la loi, c’est mon engagement personnel envers la Nation et envers la Patrie.

J’ai juré de sauvegarder l’intégrité de terres de la Lituanie.

Mais la Lituanie est aujourd’hui beaucoup plus qu’un magnifique lopin de terre au bord de la mer Baltique. La Lituanie, c’est d’abord son peuple. Ici, à Vilnius, et dans ma ville natale Klaipėda, à Skuodas et à Peterborough, à Kaunas et à Bergen, à Rietavas et à Alicante.

Il n’y a pas et il ne peut pas y avoir deux, trois ou cinq Lituanies. Elle est une – à nous tous.

Il n’y a pas de Lituaniens de la Lituanie et de Lituaniens de l’étranger. Nous sommes tous une seule Nation.

L’intégrité de la Lituanie est indissociable de l’unité de notre société. C’est seulement en étant unis que nous serons forts. C’est seulement en mobilisant nos forces, en agissant ensemble pour réaliser des objectifs concrets, que nous serons un État qui va bien et que les gens y seront bien.

Les fractures, la colère, l’animosité permanente, les conflits, ce ne sont qu’une perte du temps précieux qui pourrait et devrait être utilisé à la construction et au renforcement de la Lituanie, c’est également une entrave à la confiance en l’Etat. La concurrence incontrôlable nous divise en camps d’ennemis et mène vers une impasse, il est ainsi impossible de trouver un accord ni sur les objectifs stratégiques du pays, ni sur les mesures nécessaires pour les mettre en place.

Le Président, le seul dirigeant de l’Etat élu par la Nation au suffrage universel, a pour devoir de créer un environnement propice au travail et à la coopération rationnelle de toutes les forces politiques, d’orienter leur action vers une destination efficace et nécessaire pour l’Etat.

Nous, la Lituanie, nous avons plusieurs fois montré que nous pouvons oublier toutes les mésententes et nous unir pendant les moments cruciaux de l’histoire. Nous l’avons fait lors du mouvement de la Libération en janvier 1991, nous l’avons fait en 2003, lors du vote pour l’adhésion à l’Union européenne, nous l’avons fait quand nous avons trouvé un accord national sur la politique de défense de la Lituanie.

Aujourd’hui nous devons nous unir encore une fois car les décisions que nous prendrons maintenant détermineront l’avenir de l’Etat pendant les 30 prochaines années.

Les accords nationaux sur l’éducation, la réduction de l’exclusion sociale, la politique des régions, la priorité nationale – aussi bien en termes de financement qu’en termes de considération – pour la culture, sont les secteurs où je prendrai une initiative personnelle et mobiliserai toutes les forces politiques, les organisations non-gouvernementales, les mouvements des citoyens, les gens honnêtes, professionnels et responsables pour parvenir à un objectif commun.

J’ai juré d’être juste envers tous.

Ce qui veut dire que je serai un Président actif et que j’utiliserai de manière responsable tous les pouvoirs que me confèrent la Constitution et le soutien de la Nation.

Les espoirs des gens prononcés pendant l’élection présidentielle ont montré que l’institution présidentielle bénéficie de la plus grande confiance des citoyens. Le Président est le représentant du peuple, titulaire du mandat direct de la Nation. Je considère donc que mes fonctions consistent en un engagement à défendre et à représenter de manière déterminée les intérêts de tous les citoyens.

Le manque du sentiment de justice est, avec les raisons économiques, parmi les causes majeures qui déterminent la décision des Lituaniens de quitter leur pays.

Le Président doit assurer que les principes de l’Etat de droit soient appliqués pour chacun, que le système juridique soit protégé de l’influence des politiques, que la justice soit mise en place par des professionnels d’une réputation irréprochable, que la responsabilité personnelle soit exigée de chaque fonctionnaire.

Je pense que tout ceci est possible en restant ouvert et fidèle aux principes. Je renforcerai et élargirai donc les possibilités de la société civile de participer aux décisions sur les questions majeures de la vie de l’Etat lituanien.

J’ai juré aujourd’hui de servir la Patrie, la démocratie, le bien-être du peuple lituanien.

Le bien-être n’est pas seulement une illusion ou un joli mot. C’est un droit de chacun de nous, et c’est pour nous tous, c'est-à-dire l’État, un devoir.

Nous devons comprendre que l’État-providence n’existera pas si chacun ne pense qu’à lui, si l’exclusion sociale grandit, si les gens se sentent étrangers dans leur propre pays.

C’est pourquoi nous déterminons notre idée de l’État-providence en nous basant sur ces cinq indicateurs majeurs :

La réduction des inégalités des revenus. Aujourd’hui l’écart de revenus entre les 20 % les plus aisés et les 20 % les moins aisés est de plus de 7 fois. Il est de 5 fois dans l’Union européenne et nous devons nous rapprocher de cet indice lors des 5 prochaines années.

Le deuxième indicateur est l’augmentation des recettes fiscales qui passeraient de 30 % du PIB aujourd’hui à 35 % du PIB. Ce qui représente plus de 2 milliards d’euros de ressources supplémentaires qui pourraient être allouées à la sécurité sociale, à la santé, à la culture, aux services publics et aux salaires.

Le troisième indicateur est la réduction des écarts régionaux.

Le quatrième indicateur est l’utilisation efficace des ressources des fonds de l’UE.

Le cinquième indicateur, qui dans la perspective de notre avenir, est, à mon avis, le plus important, c’est les progrès en matière de qualité de l’éducation. Nous devons mener à bien les réformes interminables de l’éducation, parvenir à un accord national concernant les changements dans le secteur éducatif et cet accord ne doit pas être revu à chaque changement de pouvoir. Nous devons investir de l’argent et du temps dans l’éducation de nos enfants car c’est l’investissement qui a le plus de sens.

Ce sont ces indicateurs de la Lituanie en tant qu’Etat-providence qui me serviront de critères d’évaluation du travail commun de Gouvernement et de toutes les forces politiques. Ainsi, en nommant les ministres, en signant les lois, en critiquant ou félicitant, je me baserai sur le service que les institutions et les fonctionnaires ont apporté pour contribuer au bien-être du peuple lituanien.

J’ai juré aujourd’hui de renforcer de toutes mes forces l’indépendance de la Lituanie.

Nous devons toujours nous rappeler que la Liberté et l’indépendance ne sont pas offertes, il faut lutter pour les avoir et les défendre.

La Lituanie n’a jamais été l’Etat le plus militarisé. Toutes les plus grandes victoires de notre Nation ont été remportées grâce à la détermination des gens, grâce au dévouement et à la politique intelligente, qui a permis de s’entourer d’alliés.

Ainsi, dans la conduite de sa politique étrangère, la République de Lituanie sera un partenaire fiable avec une base de valeurs solide, conforme aux normes du droit international universellement reconnues.

Notre direction stratégique doit rester solide et cohérente : une intégration euro-atlantique encore plus profonde et des relations étroites aussi bien avec l’Union européenne qu’avec les États-Unis.

Nous devons élargir et développer les liens bilatéraux avec les États voisins – la Pologne, la Lettonie, l’Estonie, aspirer ensemble à l’indépendance énergétique et défendre nos intérêts au sein de l’Union européenne et de l’OTAN.

Nous devons renforcer la sécurité en continuant à respecter les engagements financiers du système de défense nationale, en investissant dans les capacités de défense, en augmentant les effectifs de l’armée régulière et en augmentant les effectifs de l’armée de réserve ainsi que le nombre de citoyens prêts à défendre leur Etat.

Chers compatriotes,

Le serment que je viens de prêter aujourd’hui à la Nation et à la Patrie, est noté dans la loi du Président de la République de Lituanie. Cependant ce serment pourrait être prononcé par chacun de nous.

Être fidèle à la Lituanie, la protéger, renforcer son indépendance, servir la Patrie, la démocratie, le bien-être du peuple lituanien, accomplir honnêtement ses fonctions – c’est donc le serment de chaque fils et fille de la Lituanie pour son pays.

Accomplissons-le ensemble.

Pour notre Lituanie !

Que Dieu nous aide.

Gitanas Nausėda, Président de la République de Lituanie

Mise à jour 2019.07.12 11:59

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