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newCommunication annuelle de la Présidente de la République de Lituanie Dalia Grybauskaitė
Chers compatriotes, Mesdames et Messieurs les membres du Parlement, chers invités, Il n'y a pas si longtemps, 25 ans seulement, que nous avons sorti de la clandestinité les emblèmes de la Lituanie que sont le Vytis, les piliers de Gediminas, le drapeau tricolore et l'hymne national, et que la langue lituanienne est devenue la langue de l'Etat.
Nous avons restauré nos symboles nationaux et comme on le dit, en une nuit d'un peuple nous sommes devenus une nation.
Le mouvement Sąjūdis a réveillé la détermination de la nation de créer elle-même son Etat et de ne plus jamais laisser d'autres gérer les affaires de la Lituanie. C'est pourquoi aujourd'hui nous pouvons nous réjouir de notre liberté et de ce que notre Etat encore très jeune a réussi à atteindre.
Je vous invite tous à une discussion ouverte sur la place de la Lituanie dans le monde et sur la situation à l'intérieur de notre pays.
Ce quart de siècle a été marqué par des événements qui nous ont montré que nous savions relever les défis auxquels nous devions faire face, que nous devenons de plus en plus indépendants et de plus en plus responsables de notre Patrie.
La Lituanie a beaucoup changé et elle est devenue plus forte. Les Lituaniens ont déjà ressenti ce que signifie de vivre autrement, d'être européen et de prendre soi-même les décisions. Nous comprenons la responsabilité que nous avons envers notre pays, nous nous mobilisons et nous transformons profondément la Lituanie.
Après les nombreuses épreuves que nous avons subies, la réussite nous porte à nouveau. Cette année le nom de la Lituanie a plusieurs fois été cité parmi les meilleurs en Europe en matière d'économie, de sport, d'innovation, d'investissements et dans d'autres domaines. L'Europe et le monde ont reconnu les efforts de notre peuple.
La toute petite Lituanie devient un pays aux capacités exceptionnelles.
L'année dernière a été marquée de moments d'or. Les enfants de notre indépendance sont montés sur les plus hautes marches du podium et ont ainsi renforcé la Lituanie sur les cartes du sport, des sciences et des technologies. Nous nous sommes réjouis pour eux et pour nous-mêmes.
Nous avons présenté la Lituanie au monde et nous en avons trouvé plus en nous-mêmes.
La réussite nous a portés, nous avons pris nos responsabilités sans douter et entrepris des actions courageuses, comprenant que nous seuls pouvions le faire et personne d'autre.
Une génération de créateurs talentueux et citoyens a grandi dans tous les domaines. Nous avons des économistes clairvoyants, des entrepreneurs et des politiques responsables, des scientifiques et des agriculteurs innovateurs, des journalistes et professeurs citoyens. Il y a vraiment des personnes pour créer un Etat transparent, sûr et moderne.
C'est justement pour cette raison que je voudrais nous inviter tous aujourd'hui à devenir les vrais maîtres de notre pays.
Les processus géopolitiques changent fortement le monde. Les tentatives de nous diminuer, de nous arrêter, de nous tromper, de nous acheter, de nous rendre dépendants, de décider à notre place ne s'arrêteront pas. A cause de notre situation géographique et de notre taille, nous étions et nous sommes dans une zone d'intérêts de l'Est et de l'Ouest, aussi devons-nous lutter sans cesse pour pouvoir créer par nous-mêmes notre Etat.
Chaque génération a ses propres épreuves.
Nous ne devons pas céder aux influences, nous laisser acheter, nous devons rester libres, trouver les solutions nécessaires dans les situations critiques, résister et défendre les intérêts de notre Etat. Nous devons être forts à l'intérieur pour faire face à des menaces extérieures de plus en plus modernes.
Les choix de chacun d'entre nous peuvent être décisifs.
Dans un mois nous présiderons le Conseil de l'Union européenne pour la première fois. Tous, nous ne devrons pas seulement chercher les meilleures solutions pour la Lituanie, mais aussi pour les 28 Etats membres que comptera l'Union européenne.
Ce devoir nous revient à un moment compliqué où l'Europe traverse des épreuves historiques. La présidence nécessitera une coordination des actions et une médiation intelligentes pour trouver les meilleures solutions aux défis mondiaux. Si nous tardons à prendre les décisions qui s'imposent, les conséquences peuvent toucher tous les pays de l'Union européenne, c'est-à-dire 500 millions de citoyens européens.
Aujourd'hui le marché mondial et les institutions internationales font confiance à la Lituanie. Notre pays devrait connaître la plus forte croissance économique de l'Union européenne.
Au cours des vingt dernières années, nous avons affronté plus d'un choc économique. Nous avons pris les dispositions nécessaires par nous-mêmes, sans recette établie, nous avons surmonté la crise et nous sommes devenus un exemple de responsabilité pour l'Europe. La Lituanie affiche également l'un des meilleurs ratios pour la dette publique, nous figurons parmi les six pays les moins endettés de l'Union européenne.
Les Lituaniens sont capables de beaucoup de choses. Toutefois, nos progrès peuvent être freinés par les compétences limitées du pouvoir. Il faut trouver des solutions plus rapides aux questions qu'on ne peut pas remettre à plus tard. Le manque de volonté politique, les mécanismes complexes de prise de décision, l'incapacité à réagir de manière opérationnelle, la perte de temps dans les groupes de travail peuvent être très dommageables et même fatals à l'Etat.
Dans le monde actuel ce n'est pas le plus grand qui gagne, mais le plus rapide et le plus intelligent. La prévoyance et le dynamisme sont nos seules chances.
Six mois ont déjà passé depuis que ce Gouvernement a prêté serment. Après une longue préparation il est grand temps de commencer à travailler.
Car seules des actions cohérentes peuvent transformer les prévisions de croissance en de réels bénéfices pour chaque citoyen lituanien. Si nous voulons vivre mieux, nous devons travailler plus et plus vite.
Aujourd'hui les plus grands miracles sont faits grâce aux initiatives personnelles des Lituaniens. En un an près de 15 000 nouvelles entreprises ont été créées dans notre pays. Leur nombre augmente rapidement non seulement dans les grandes villes mais aussi dans les plus petites. Le nombre de travailleurs indépendants dans notre pays a atteint 125 000.
La génération LOGIN crée chaque semaine une nouvelle startup des technologies de l'information, orientée vers les marchés mondiaux.
De plus en plus d'émigrés reviennent s'installer dans leur Patrie. Au cours de l'année 2012, plus de 17 000 de Lituaniens sont revenus en Lituanie. Le nombre de ceux qui partent a également diminué.
La compétitivité de notre économie, de notre industrie et de notre agriculture sera déterminée par le développement des technologies de l'information. Il est donc indispensable d'investir dans les capacités des gens. Nous n'avons pas de ressources naturelles abondantes, mais nous sommes fiers de notre société éduquée, de nos spécialistes hautement qualifiés, nécessaires pour développer des entreprises basées sur l'innovation, les solutions originales et les connaissances.
Un habitant sur cinq a un diplôme de l'enseignement supérieur, plus de 78 % maîtrisent une ou plusieurs langues étrangères. Cette main-d'œuvre constitue bel et bien une garantie pour le progrès.
Cette année la Lituanie est la seule à avoir progressé dans le tableau de bord de l'Union européenne pour l'innovation. Pour la première fois nous sommes passés du groupe des « innovateurs modestes » à celui des « innovateurs modérés ». Le progrès de la Lituanie en matière de l'innovation est reconnu comme l'un des plus importants de la Communauté. Les entreprises de haute technologie bénéficient également d'un plus grand volume d'investissement.
Les investisseurs étrangers ont annoncé leurs projets de mettre en place en Lituanie 34 projets entièrement nouveaux au cours de l'année 2012. Ces projets qui créeront près de 3 500 emplois montrent une confiance croissante dans l'environnement des entreprises en Lituanie. La Lituanie est de plus en plus souvent choisie par les investisseurs scandinaves qui apportent avec eux une culture de transparence dans leur activité, des rémunérations plus élevées et de nouvelles solutions aux problèmes sociaux.
Les investissements des entreprises suédoises en Lituanie ont déjà atteint près de 9 milliards de litas. Le premier centre dans les Pays baltes de la chaîne mondiale IKEA fêtera bientôt son ouverture. Il y a un mois une nouvelle centrale thermique moderne ouverte par la Lituanie et la Suède a non seulement apporté de la transparence dans le secteur de la gestion des déchets mais aussi fourni de la chaleur moins chère aux habitants de Klaipėda. Le travail et la concurrence honnêtes prennent de plus en plus racine en Lituanie.
Notre marché et notre système financier sont fiables. En éliminant les menaces à retardement du secteur bancaire, nous avons prouvé notre capacité à résoudre les questions les plus compliquées de manière civilisée et avec des conséquences minimes. Notre expérience figure à l'ordre du jour des événements européens où sont recherchés les moyens pour résoudre de manière efficace les problèmes de restructuration des banques. Le montant des dépôts dans les banques du pays ont atteint des sommets, à près de 46 milliards de litas.
La situation économique et financière du pays est stable. Les institutions internationales et de meilleures notations du crédit le confirment également.
Toutefois les promesses populistes faites à la légère peuvent changer très rapidement la situation. Il faut des décisions responsables pour entretenir la stabilité financière.
Si nous voulons renforcer nos positions, devenir plus compétitifs et attirer plus d'investisseurs, nous devons aller jusqu'au bout de la voie de la responsabilité financière. Le populisme financier sera définitivement restreint, quand le principe de la discipline et de la responsabilité financière sera approuvé au niveau constitutionnel.
Toutefois si nous n'arrivons pas à nous débarrasser des chaînes de la dépendance énergétique, nous continuerons à être économiquement vulnérables. Le secteur énergétique est le moyen géopolitique le plus dangereux pour diminuer notre indépendance économique, sociale et même politique.
Dans le secteur énergétique il n'y a pas longtemps que nous avons commencé à réfléchir de manière autonome. Et nous manquons toujours de spécialistes compétents indépendants. Mais même avec des ressources limitées nous avons amorcé des changements historiques en nous assurant de la diversité des sources énergétiques : nous avons intégré « Nord Pool Spot », la plus grande bourse d'électricité en Europe, la bourse des biocarburants est entrée en activité, les interconnexions électriques « Nord Balt » et « LitPollink » sont en construction, l'approvisionnement en gaz est dissocié de son transport, le secteur du gaz est en train d'être radicalement réformé, le neuvième bloc de la centrale d'Elektrėnai est achevé, nous utilisons de plus en plus de carburants locaux.
Nous devons tenir encore au moins deux ans. Nous pourrons plus facilement respirer en 2015, quand les interconnexions avec la Suède seront achevées et que nous aurons terminé la construction du terminal GNL à Klaipėda.
Ceci n'est pas simple. Pendant que nous nous agitons sans trouver d'accord et sans parvenir à une solution, pendant que nous élaborons déjà la septième Stratégie énergétique nationale, ce sont les visites secrètes de « Rosatom », les mémorandums mystérieux de « Gazprom » et les films créés par de pseudo-écologistes qui décident à notre place.
De grands efforts sont entrepris pour arrêter toute action qui nous rendrait plus indépendants dans le domaine énergétique. Nous nous laissons influencer par le biais de personnalités officielles, d'entrepreneurs intéressés, de médias et d'intermédiaires.
Les experts étrangers décident à notre place de la centrale nucléaire qui conviendrait le mieux à la Lituanie : Visaginas, Kaliningrad ou Astravets. Où nous devons acheter le gaz et qui doit explorer notre sous-sol.
Les investissements étrangers qui nécessitent des ressources énergétiques évitent notre pays à cause de l'incertitude énergétique. L'agitation et les décisions remises à plus tard peuvent nous coûter la confiance internationale.
Les politiciens focalisés uniquement sur les formules de rentabilité économique et sur le calcul des prix peuvent quitter la voie de la sécurité énergétique et prendre le chemin destructif pour le pays de l'intérêt à court terme. Ce qui signifie que l'indépendance énergétique et la liberté peuvent devenir de simples objets de transactions.
De la même manière la langue lituanienne devient déjà l'otage des accords politiques de la coalition au pouvoir. La controverse sur l'examen de lituanien s'étend aux autres exigences qui divisent le pays. Et au même moment des écoles lituaniennes ferment leurs portes de l'autre côté des frontières.
Il faut expliquer très clairement aux Lituaniens quel peut en être le prix.
Mesdames, Messieurs,
Les autorités publiques dépensent de 60 à 70 millions de litas par an pour informer le public de leur activité. Toutefois obtenir une information objective et compréhensible devient un vrai défi. Le manque de faits fiables et l'abondance d'annonces trompeuses, les nouvelles déformées par l'argent des groupes d'intérêts privent nos compatriotes de leur droit à choisir et à décider par eux-mêmes. Même le référendum populaire est transformé en farce.
Notre compréhension de la qualité de l'information et de la sécurité de l'information doit changer.
Les gens ne peuvent pas se sentir en sécurité si elles ne savent pas ce qui se passe dans leur Etat, quelles solutions sont proposées et pourquoi. Ce n'est qu'en comprenant les vrais motifs, leur signification et leurs conséquences, que nous pouvons prendre les meilleures solutions pour la Lituanie, et non celles avancées par on ne sait qui.
Les médias doivent reprendre la mission du mouvement des Aušrininkai de Jonas Basanavičius il y a 130 ans, et les enseignants doivent faire face aux mêmes défis que Meilė Lukšienė : former un citoyen capable de réfléchir par lui-même et de respecter la langue, les coutumes et l'histoire de sa Patrie.
Un peuple induit en erreur et divisé est plus facile à manipuler, car il ne se rend pas compte des menaces silencieuses.
Dans un tel milieu prolifèrent rapidement les projets qui affaiblissent la Lituanie et modifient la pensée du peuple. Des programmes éducatifs étrangers s'immiscent en silence dans la vie de notre pays, la discorde nationale est attisée, la nostalgie de l'époque soviétique est ravivée, nos festivals d'art et de théâtre, nos équipes sportives, nos étudiants talentueux sont rachetés.
Ceux qui ne sont pas nos amis comprennent parfaitement l'importance de la culture et de l'éducation dans le renforcement de l'Etat, et ils n'économisent pas sur les moyens humains et financiers. Nous aussi devons comprendre cela.
Des concerts gratuits étouffent les chansons lituaniennes. Et là où se taisent nos chansons, il peut y avoir rapidement de moins en moins de Lituanie.
Mesdames, Messieurs,
Il n'est pas simple de maintenir un Etat indépendant dans un monde déchiré par les intérêts géopolitiques. Ce sont la soif innée de liberté, la combativité, la persévérance, la prévoyance, la résistance silencieuse et la patience balte qui nous aident à préserver l'Etat à travers les siècles.
Aujourd'hui de nombreuses choses imprévues surviennent à nouveau autour de la Lituanie. La situation géopolitique détermine l'orientation de notre politique étrangère. C'est pourquoi le renseignement tout autant que les radars des diplomates doivent parvenir à repérer les signes importants pour la sécurité des Lituaniens.
Les neuf années passées au sein de l'Union européenne et de l'OTAN constituent une base solide, mais ce n'est pas un acquis éternel. L'année dernière, lors du sommet de l'OTAN de Chicago, nous sommes arrivés à de vrais plans de défense. Cette année les exercices régionaux nous ont permis de vérifier comment les scénarios de défense collective fonctionnent en pratique. Il est très important pour la Lituanie, la Lettonie et l'Estonie, marquées par une histoire douloureuse, que la défense de nos pays et de nos peuples par les membres de l'Alliance en cas de menace soit enfin concrètement prévue.
Cependant les intérêts des grands pays peuvent même modifier le système de défense antimissile. C'est pourquoi l'Europe, continent en paix depuis 55 ans, se penche à nouveau sérieusement sur les questions de défense et de sécurité. La notion de sécurité s'est étendue. Aujourd'hui en parlant de sécurité, nous ne devons pas seulement penser à la sécurité militaire, mais aussi à la sécurité énergétique et économique, à la sécurité de l'information, à la sécurité sociale et financière, et surtout à la cybersécurité. La première attaque publique contre l'espace Internet lituanien représente un avertissement sérieux qui nous oblige à renforcer nos capacités de défense. Je considèrerais une telle attaque comme une manifestation du terrorisme international. Aussi devons-nous d'abord défendre nous-mêmes notre pays dans tous les domaines.
Il est aussi important de distinguer un vrai soutien fraternel qu'on nous propose d'une amitié par intérêt.
D'ores et déjà, nous sommes convaincus que la coopération dans le cadre du NB6 (3 pays baltes et 3 pays nordiques, membres de l'UE) et du NB8 (3 pays baltes et 5 pays nordiques) avec les pays baltiques et nordiques, unis par des valeurs similaires, nous aide à mieux défendre les intérêts de notre peuple. La région des pays nordiques et baltiques, partageant un même point de vue sur la responsabilité financière, l'importance des technologies de l'information, la sécurité énergétique, la culture des affaires, est devenue la région la plus stable et la plus sûre d'Europe. C'est un exemple unique de coopération régionale.
La confiance en la Lituanie se renforce aussi à l'échelle internationale, comme l'a confirmé en mai la décision d'ouvrir les négociations pour l'adhésion de la Lituanie à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). L'appartenance à cette organisation sera un bénéfice inestimable pour les entreprises, les liens économiques et le prestige international de notre pays.
Le sommet du Partenariat oriental qui aura lieu cet automne à Vilnius peut entamer une étape d'une qualité nouvelle dans la coopération de voisinage de l'Union européenne. L'association à l'Europe des partenaires orientaux renforcerait le processus de démocratisation de ces pays et assurerait au peuple lituanien une vie plus sûre et de nouvelles possibilités de croissance économique.
Un souci commun à toute l'Europe est d'assurer la sécurité énergétique, de chercher des alternatives au gaz russe. Au cours de notre présidence du Conseil de l'Union européenne, nous accorderons une attention particulière à l'achèvement du marché intérieur de l'énergie, à la mise en place du troisième paquet énergie et à la disparition des îles énergétiques.
Lors de la présidence nous devrons également négocier un grand nombre de textes pour mettre en œuvre le nouveau cadre financier pluriannuel de l'Union européenne. Il est essentiel de s'assurer que tous les pays puissent recevoir l'aide financière européenne au plus vite.
Bien que le budget de l'Union européenne ait été fortement réduit en raison de la crise, la Lituanie a pu obtenir une aide financière d'un montant de 44 milliards de litas sur sept ans. Cela représente 10 % de plus que ce que nous avions reçu en 2007-2013.
Chaque année, c'est près d'un quart du budget de la Lituanie et une forte impulsion pour notre économie. L'argent de l'Europe a atteint tous les domaines de notre vie.
Nous sommes parmi les meilleurs pour l'utilisation de l'aide financière de l'Union européenne, nous avons obtenu le titre de « Région d'excellence » institué par la Commission européenne. Trois projets novateurs développés en Lituanie ont déjà été récompensés par un prix « Regiostars ».
L'argent de l'Europe peut offrir aux Lituaniens de nouvelles opportunités pour créer des entreprises, restaurer le patrimoine national en détresse, moderniser l'industrie, renforcer l'esprit de communauté. Mais si la transparence de la répartition n'est pas garantie, cet argent peut se retrouver sur les comptes de groupes d'intérêts, d'entreprises opaques et de certains fonctionnaires.
En ce qui concerne la transparence de l'attribution de l'aide agricole, nous sommes parvenus à passer en quelques années de la 20e place à la 4e. Toutefois les enquêtes menées par les autorités judiciaires, le Service des marchés publics et l'Autorité supérieure d'audit sur l'appropriation de l'aide européenne, sur les marchés publics aisément remportés par les entreprises qui soutiennent les partis ou sur le versement de commissions à des intermédiaires ont établi que les soupçons ne sont pas infondés.
Les agents du Service d'enquête sur les délits financiers (FNTT) ont à eux seuls mené 80 enquêtes préliminaires en quatre ans sur des tentatives d'appropriation illégale de l'aide communautaire. Les dommages à l'encontre de l'Etat ont été évalués à 32,5 millions de litas, les droits à la propriété ont été limités pour des biens d'une valeur de plus de 48 millions de litas.
L'Autorité supérieure d'audit a également constaté plus de 80 enfreintes à l'utilisation de l'aide communautaire, à cause desquelles 45 millions de litas ont été redistribués à d'autres bénéficiaires.
L'argent de l'Europe offre de plus grandes possibilités, mais nous seuls pouvons en faire bénéficier le peuple lituanien. Si après avoir dépensé 20 millions de litas pour développer le Centre unifié d'assistance 112, nous restons sourds aux appels au secours des gens, Bruxelles n'y est pour rien.
Les directives européennes ne cacheront pas non plus les fraudes patentes, les arrangements de corruption, l'incapacité à établir une planification stratégique ou à aider le simple citoyen à s'orienter dans les labyrinthes de la bureaucratie.
Mais appartenir à l'Union européenne ne se résume pas à l'argent. C'est avant tout le respect des droits de l'homme et de la démocratie, la primauté du droit.
En vingt ans nous avons autant progressé dans ce domaine que la plupart des pays en trois fois plus de temps.
Cependant nous avons eu l'année dernière à défendre à nouveau le droit à des élections démocratiques, honnêtes et libres, ce qui est la condition élémentaire de la démocratie. C'était le combat pour la transparence et la responsabilité sans précédent.
Des mesures juridiques d'urgence et l'action du mouvement civique « Gants blancs » qui s'est formé spontanément ont empêché de s'implanter dans notre pays une démocratie à vendre, par l'achat des voix de prisonniers, par des veaux plus chers ou de la bière, par des provocations.
C'est une chose essentielle pour poursuivre la formation d'une société civile et d'un Etat de droit.
Des élections de différents niveaux nous attendent dans les quatre prochaines années : élections européennes, présidentielle, municipales et législatives. Ce ne sont ni l'argent ni les scénarios venus d'ailleurs, mais nous-mêmes qui devons décider à qui confier notre voix et notre pays.
Nous devrions enfin donner le droit aux citoyens de choisir eux-mêmes les maires et les responsables locaux.
La maturité politique ne vient pas facilement. Les premières élections sans dépendance directe du financement par les entreprises ont aidé les partis lituaniens à réduire les risques de corruption politique et à se libérer de l'influence des groupes oligarchiques.
Hélas après ces élections législatives encore, la répartition des postes n'a pas été une course à la compétence mais aux intérêts partisans. Voici pourquoi cet hiver l'ordre du jour du Parlement a été dominé par les questions d'immunité parlementaire, alors que les factures de chauffage ont continué à appauvrir les gens.
Finalement il a même été question d'étendre l'immunité aux partis, tandis que les questions importantes pour les citoyens croupissaient dans les groupes de travail.
Malgré tout le Parlement n'est pas devenu un abri contre la justice.
Il est toujours possible dans notre pays de « s'acheter un infarctus » mais il devient de plus en plus difficile de « s'acheter » un juge. Et seulement parce que les juges eux-mêmes ne veulent pas être achetés.
Les changements dans les tribunaux ne sont devenus possibles qu'à partir du moment où les magistrats ont pris la responsabilité de leur propre profession et se sont mis à ne plus tolérer les collègues qui travaillent de manière négligente ou acceptent les pots-de-vin.
Quand les institutions de contrôle des tribunaux ont commencé à ne plus fonctionner comme des organisations d'autodéfense, mais comme une réelle autorité de contrôle exigeante, les affaires de discipline se sont multipliées.
En quatre ans, 13 personnes ayant terni la fonction de juge ont été démis, soit autant que pendant les vingt années d'indépendance qui ont précédé.
C'est le moment pour des changements essentiels dans le système judiciaire. La barre a été relevée pour le professionnalisme et la déontologie des juges, de nouvelles mesures ont été prises pour une répartition plus objective et un examen plus rapide des affaires. En quatre ans près de cent nouvelles personnes ont intégré le système judiciaire et 35 présidents de tribunaux de différents niveaux ont été remplacés. La fusion de petits tribunaux améliore leur administration.
La réforme des tribunaux commence à porter ses fruits : les affaires sont examinées plus rapidement - le plus rapidement d'Europe pour les affaires civiles. Mais il faut encore trouver les moyens d'empêcher que les procédures judiciaires traînent.
Certains politiciens essaient toujours de « donner des conseils » aux juges, aux procureurs ou aux enquêteurs du Service des enquêtes spéciales, ou de les menacer de différentes commissions. Mais la justice du pays a osé être indépendante des politiques et c'est la plus grande réussite des agents eux-mêmes.
Il n'y a plus de place à l'impunité dans la lutte contre la corruption. Tous les accords douteux sont vérifiés, sans aucune exception. Maires, membres du Parlement, ministères et services de migration, organisateurs du championnat de basketball et administrateurs de liquidations judiciaires, administrateurs du cadastre et juges, banquiers et agents municipaux.
Un regard encore plus acéré de la justice porte sur les fraudeurs et les affairistes qui ont un soutien politique, ceux qui agissent dans les secteurs qui rapportent beaucoup d'argent et sont vitaux pour l'Etat : le traitement des déchets, les projets énergétiques, les marchés publics et l'aide financière de l'Union européenne.
Rien que pour la toile de corruption politique qui s'était étendue à partir de Panevėžys, des ramifications ont été coupées au Parlement, dans plusieurs ministères, dans des entreprises du secteur de l'énergie, dans des services des forêts et du cadastre.
Sur la carte de la corruption, les municipalités d'Alytus, de Rokiškis, de Radviliškis et de Šiauliai commencent à être plus transparentes.
Les 20 premières affaires pénales pour enrichissement illicite sont arrivées devant les tribunaux. 139 enquêtes préliminaires sont en cours. La valeur totale des biens douteux s'élève à plus de 150 millions de litas. Deux décisions judiciaires ont déjà permis de confisquer des biens valant plus de 2 millions de litas. Il s'agit essentiellement de biens et d'argent de « rois » de la contrebande.
Avec les nouveaux outils de lutte contre la corruption, nous n'avons pas seulement découvert des centaines de cas d'enrichissement illicite, mais aussi que nous versons des allocations publiques à des contrebandiers amateurs de luxe et à des trafiquants de drogues.
Ce sont des citoyens aspirant à un partage plus juste de l'aide publique qui révèlent ces cas. Dans les municipalités où des communautés s'impliquent à une répartition plus responsable de l'aide sociale, le nombre de bénéficiaires illégitimes d'allocations a nettement diminué. Par exemple, de 33 % dans la municipalité de Šilalė, de 24 % dans celle d'Akmenė.
La transparence augmente dans le pays, l'impunité diminue, mais il est difficile de perdre l'habitude de vivre aux frais de l'Etat.
Ceux qui sont habitués à s'enrichir de manière illégale ne se font pas aux nouvelles règles des marchés publics. Sous le couvert de la simplification des procédures se cachent des tentatives de revenir aux pratiques de corruption par des négociations cachées et des accords internes. L'obligation de publier tous les appels d'offres et d'obtenir l'autorisation du Service des marchés publics a déjà divisé par six les dépenses pour des marchés non publiés.
La loi sur le remplacement des chefs d'établissements de santé a également des difficultés à se frayer un chemin. Cependant les futurs médecins ne veulent plus garder les habitudes du passé. Les étudiants de médecine se sont levés contre les pots-de-vin, proposant aux médecins dans les hôpitaux et les cliniques au moins d'afficher des autocollants affirmant qu'ils ne prennent pas de pots-de-vin. Si cette opération anti-corruption n'a pas rencontré un grand soutient, elle peut toutefois devenir une force qui empêchera le retour des anciennes habitudes et qui établira de nouvelles modalités de gestion moderne dans le système de santé.
Alors la médecine lituanienne sera connue seulement par ses avancées uniques, comme la première opération au monde des cordages tendineux des valves cardiaques sans incision réalisée par les cardiologues de Santariškės cette année.
Mener nos affaires sans pot-de-vin ne sera possible que si nous voulons nous-mêmes agir honnêtement. La majorité des Lituaniens sont des gens honnêtes et travaillant avec patience. Les corrompus malveillants ne sont qu'une minorité. La transparence leur fait peur et les désarme. Ne les laissons pas mener leurs affaires en Lituanie.
Mesdames, Messieurs,
Telle est la Lituanie aujourd'hui. Demain, elle peut être encore plus forte, plus sûre et plus transparente. Si chacun de nous, là où il est, change ce qu'il peut, alors nous aurons une maison où il fait bon grandir et où vieillir ne fait pas peur. Il n'y a pas d'autre recette au bien-être que de le créer soi-même.
La réussite continuera à nous porter si nous cessons d'être nostalgiques des jours passés, si nous ne doutons pas de nous-mêmes et si nous ne remettons pas à demain les tâches les plus importantes.
Il y a vingt ans, le peuple a adopté et proclamé la Constitution, l'accord fondamental qui détermine quel Etat nous voulons créer et comment. Lors du vingtième anniversaire de la Constitution, une lycéenne a relevé que c'était un contrat social qui nous apportait la réussite. Et elle a remarqué qu'elle contenait tous nos droits et seulement cinq devoirs.
Pour certains, le devoir de vivre selon cet accord semble encore trop difficile. Pourtant c'est la seule voie pour atteindre la confiance réciproque et en son pays. C'est la garantie de notre survie.
Aujourd'hui, nous passons tous l'examen de la Constitution, un examen qui déterminera si nous resterons un peuple qui défend obstinément sa liberté et son indépendance, qui protège sa langue, son écriture et ses coutumes, qui incarne le droit de vivre librement et de créer sur la terre de ses ancêtres, dans l'Etat Indépendant de Lituanie.
La liberté est fragile. Elle ne subsiste que si elle est défendue par notre unité et protégée dans nos cœurs.
Merci à tous. Mise à jour: 2013-06-11 12:39 |
Agenda10:30 Réception des lettres de créance de l’ambassadeur de Bulgarie (Palais présidentiel, 3 pl. S. Daukanto ) 18:00 Participation de la Présidente au « Prix allemand de l’Economie 2013 » (35 av. Gedimino, Vilnius)
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